Le dirigeant ne pilote pas seulement par ses décisions. Il pilote par ses prises de parole.

Il y a un paradoxe que tous les dirigeants connaissent, mais qu’on sous-estime encore : vous pouvez avoir “raison” sur le fond et perdre le collectif sur la forme. Pas par manque de charisme. Par un mécanisme très simple : vos publics n’entendent pas votre intention. Ils évaluent, chacun à leur manière, ce que votre message fait peser comme risque… ou comme possibilité.

Une communication responsable, ce n’est pas “être gentil”. C’est tenir la responsabilité de l’effet : rendre l’action possible, réduire les malentendus, éviter la sidération, préserver la dignité — et donc protéger la capacité de l’organisation à avancer.

C’est du pilotage.

1) Trois philosophes, une même alerte : quand les mots se dérobent, le réel se dérobe

Hannah Arendt : la responsabilité se perd quand l’acte se “technicise”

Arendt a montré que le danger n’est pas toujours la cruauté. C’est la déconnexion : l’acte devient procédure, langage administratif, “nécessité”, et la responsabilité se dissout. En organisation, ça ressemble à : “optimisation”, “ajustement”, “rationalisation”… Des mots propres, qui évitent de dire qui perd quoi et pourquoi.

La conséquence n’est pas morale d’abord. Elle est opérationnelle : le flou abîme la confiance, et sans confiance, plus personne ne prend le risque d’agir.

George Orwell : la langue n’est pas un emballage, c’est un outil de perception

Orwell l’a martelé : quand le langage devient abstrait, il anesthésie le jugement. Dans une entreprise, les formules trop générales fabriquent une situation paradoxale : vous “communiquez” beaucoup, mais vous laissez vos équipes seules face à la question qu’elles se posent vraiment :

“Concrètement, qu’est-ce que je dois faire lundi matin ?”

Paul Ricoeur / Emmanuel Levinas : la reconnaissance et le visage

Ricoeur place la reconnaissance au centre du lien social ; Levinas rappelle que la responsabilité commence quand on accepte de voir l’autre comme un sujet, pas comme une variable. Traduction dirigeant : on n’annonce pas une réorganisation comme on annonce un changement de logiciel. La dignité n’est pas un supplément d’âme : c’est ce qui maintient l’adhésion et la loyauté des équipes qui restent.

2) Ce que la psychologie ajoute : sous stress, le collectif “réagit” avant de comprendre

L’intelligence émotionnelle (au sens large : se réguler, percevoir l’autre, ajuster sa relation) n’est pas un concept mou. C’est une compétence de gouvernance.

Sous pression, un groupe fonctionne comme un système nerveux :

  • s’il comprend, il coopère ;
  • s’il ne comprend pas, il se protège.

Et la protection collective ressemble à : rumeurs, cynisme, lenteur, sur-contrôle, réunions interminables, décisions qui glissent, pas parce que les gens sont “contre”, mais parce qu’ils sont en alerte.

Votre levier numéro 1, c’est donc la clarté structurée : des repères simples qui calment l’alarme et réouvrent l’action.

3) Process Communication : “un même message, six réceptions différentes”

J’ai été formée à la Process Communication il y a quelques années (à l’époque du Centre Francilien de l’Innovation) : ça m’a servi tous les jours, à l’écrit comme à l’oral. Pas comme une étiquette, mais comme une boussole : adapter la forme sans trahir le fond.

Les 6 besoins de perception (simplifiés)

Dans un CODIR, dans vos équipes, chez vos actionnaires, ces six “filtres” coexistent :

  • Analyseur : veut des faits, une méthode, des indicateurs.
  • Persévérant : veut cohérence, justice, règles du jeu, valeurs.
  • Empathique : veut protection, considération, impact humain.
  • Rêveur : veut calme, clarté, un premier pas simple.
  • Rebelle : veut sens concret, utilité, allègement (“on enlève quoi ?”).
  • Promoteur : veut résultat, vitesse, décision, responsabilités.

Important : on ne fait pas 6 discours. On construit un socle commun qui couvre les 6 besoins, puis on ajoute une couche courte selon l’audience.

4) La méthode Humanova Communication : un socle commun + des déclinaisons par audience

Étape 1 — Le “test des 5 publics”

Avant d’envoyer un message, testez-le contre la question que chaque audience se posera :

  • Équipes / managers : “Qu’est-ce que je fais concrètement ?”
  • CODIR : “Quel arbitrage exact et quel risque assumé ?”
  • Actionnaires : “Comment pilotez-vous : jalons, indicateurs, seuils d’alerte ?”
  • Partenaires : “Qu’est-ce que ça change pour moi : continuité, interlocuteur, calendrier ?”
  • Médias : “Quel fait vérifiable + quel sens + quel engagement daté ?”

Si vous ne pouvez pas répondre en une phrase à chacune : vous venez d’identifier votre zone de flou.

Étape 2 — Le script universel (20 secondes, “tenable” partout)

  1. Cap : “Nous allons vers X pour obtenir Y.”
  2. Concret : “Ce qui change / ce qui ne change pas.”
  3. Critères : “Nous arbitrons selon A, B, C.”
  4. Impact : “Impact principal + ce qu’on protège.”
  5. Rythme : “Prochain point le [date]. Voici ce qui est sûr / ce qui reste ouvert.”

Ça, c’est votre socle. Ensuite seulement, vous déclinez.

Étape 3 — La déclinaison “5 publics” (une couche, pas un roman)

  • Équipes / managers : 3 priorités + ce qu’on arrête + canal de questions.
  • CODIR : décisions attendues + risques + arbitrages.
  • Actionnaires : indicateurs + jalons + seuils d’alerte + gouvernance.
  • Partenaires : continuité + interlocuteurs + calendrier.
  • Médias : 3 faits + 1 citation + 1 engagement daté.

5) L’erreur la plus fréquente : parler à deux profils et perdre les quatre autres

Sous pression, beaucoup de dirigeants se réfugient dans :

  • soit le discours “Analyseur” (plans, chiffres, procédures),
  • soit le discours “vision” (grandes intentions, vocabulaire élevé).

Les deux ont leur utilité. Mais aucun ne suffit.

Un CODIR qui tient, c’est un CODIR où vous avez fourni : ✅ un plan (Analyseur) ✅ une règle du jeu (Persévérant) ✅ une protection des personnes (Empathique) ✅ un premier pas simple (Rêveur) ✅ une phrase de sens (Rebelle) ✅ un jalon + décision (Promoteur)

Si un seul manque, une partie de votre organisation se décroche.

6) Une communication responsable, ce n’est pas “tout dire”. C’est dire juste.

Le point sensible dans beaucoup de CODIR : “Est-ce qu’on doit être précis alors que tout n’est pas ficelé ?”

La réponse Humanova : oui, mais pas sur tout. Vous pouvez être très clair sur le cadre, sans promettre l’impossible.

Voici une phrase qui désamorce et protège les intérêts de chacun :

“Je vous propose qu’on verrouille ensemble le cadre : ce qui est décidé, ce qui ne l’est pas, les critères d’arbitrage, et le rythme des points. Je m’engage à tenir ces repères et à nommer explicitement ce qui évolue.”

Ça rassure, sans vous enfermer.

7) L’offre Humanova Communication : transformer une décision en parole actionnable

Humanova Communication, c’est une idée simple : la parole dirigeante est un outil de pilotage. Mon métier, c’est de vous faire gagner du temps et de l’impact en transformant vos décisions en messages entendus et utilisables par chaque audience.

  • CAP 360° : clarification du cap + architecture des messages par publics.
  • PASSAGE 90 : préparation express d’un moment sensible (annonce, crise, réorganisation, prise de parole stratégique).
  • CADENCE DIRIGEANTE : installation d’un rythme de parole et de preuves (jalons, règles du jeu, cohérence interne/externe) pour tenir la confiance dans la durée.

En pratique : votre rituel “15 minutes” avant une annonce

  1. Écrivez votre socle commun en 5 phrases.
  2. Faites le test des 5 publics (une phrase par public).
  3. Vérifiez que vous couvrez les 6 besoins (plan / règles / protection / premier pas / sens / décision).
  4. Faites relire à 2 personnes : un profil “terrain” + un profil “finance”. S’ils ne peuvent pas résumer en 30 secondes : ce n’est pas un problème de style, c’est un problème de pilotage par les mots.

Conclusion

Dans une période où tout accélère, la parole dirigeante n’est pas un commentaire du réel : c’est un acte de gouvernance. La communication responsable, ce n’est pas “faire joli”. C’est rendre le désaccord possible, protéger la dignité, tenir la cohérence, et surtout déclencher le passage à l’action.

Maude Megtert, fondatrice de Humanova Communication – 17 janvier 2026

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *